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La règle d’or qui empêche toute politique contra-cyclique et réduit les États au rôle d’observateur des marchés et du fonctionnement de l’économie, est généralisée. Aussi, après la Grèce, le Portugal et l’Espagne, Berlusconi est venu rajouter l’Italie à la liste des pays soumis à une violente cure d’austérité. Ce matin, dirigeants européens et éternels commentateurs de la scène économique européenne se réjouissaient de concert de l’impact positif de cet accord sur les marchés. De quoi se réjouit-on en fait ?  De la nouvelle retraite à 67 ans en Espagne et en Italie ? Du gel des salaires de la fonction publique et des pensions en Grèce ? De la vente à la découpe de la Grèce et du démantèlement des services publics partout ailleurs en Europe ? De la liquidation de la protection sociale ? De la hausse de la TVA en Grèce et bientôt en France ? Ainsi se confirme le « désastre » annoncé en mai 2011 par Stiglitz prix Nobel d’économie 2001. Ainsi se poursuit sous les hourras la « saignée » tant redoutée par Krugman prix Nobel d’économie 2008. Ainsi s’organise le scénario suicidaire de l’austérité a contrario de l’impérieux besoin de relance de l’économie européenne. Voilà ce que fêtent Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, banques et assurances qui se jetteront sur le pactole de la privatisation de la sécurité sociale et des services publics. L’Europe offre aux marchés la dépouille de l’État social. Les marchés tressaillent de bonheur et il faudrait sabrer le champagne !

Les européens abandonnent une part supplémentaire de souveraineté. L’Europe est la seule puissance économique qui ne maitrise pas sa politique monétaire. Les pays de la zone euro ne fixent ni les taux d’intérêts ni les taux de change à la différence capitale de tous leurs rivaux commerciaux, américains, chinois, indiens, russes, brésiliens, japonais ou autres. L’Allemagne, moins par doctrine que par intérêt, s’est refusée à une remise en cause de l‘indépendance de la BCE et à un changement de ses statuts lui autorisant de racheter directement, dés que nécessaire, la dette souveraine des États membres de la zone euro. Ainsi plutôt de choisir la simplicité et de reconquérir leur souveraineté économique, les européens ont créé le FESF. Celui-ci, trop mince pour faire face à l’ampleur de la crise des dettes souveraines avait besoin de nouveaux financements. Là encore la logique et l’intérêt des européens auraient été d’alimenter le fonds par la création d’Eurobounds. Nouveau refus. C’est en allant chercher un chèque des chinois, des indiens des russes et des brésiliens que l’Europe va gonfler le FESF. Non contents d’abandonner leur souveraineté monétaire à la BCE, les européens se lient les mains, en sollicitant une aide dont les contreparties excluent à court terme toute politique européenne de protection vis à vis de la Chine et des autres émergents de nos intérêts stratégiques industriels. Que restera-t-il de la capacité des européens à négocier en bilatéral ou dans le cadre multilatéral de l’OMC dés lors que la stabilité de la zone euro dépend des robinets financiers de Pékin, Moscou ou New Delhi ?

Et l’intégration européenne dans tout cela ? Au bord du précipice, les européens allaient faire le grand bond fédéral racontait-on…  La seule discipline qu’ils s’appliquent est la discipline budgétaire exigée par les agences de notation et les marchés. Derrière pas un pas en faveur d’une taxe sur les transactions financières, l’harmonisation fiscale et encore moins la convergence sociale. Hier soir l’Europe a encore reculé.

L’automne européen s’assombrit un peu plus.

Benoit Hamon  porte parole du PS.

 

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